(...)qui n'est pas non plus la succession figée d'une série.
Que Platon fasse du potier et non du bijoutier le substrat métaphorique de l'activité philosophante invite d'emblée à lire la bijouterie comme porteuse essentielle d'une a-philosophie qui n'est jamais détournement de la pensée mais plutôt retournement du « penser » contre lui-même. Cette boomerangisation du geste spéculatif par l'alliage en bijouterie (et l'alliage, C'EST la bijouterie) de l'ornement et de la matière retourne la pureté dialective contre son principe fondateur pour la faire éclater en rhizomes.
Ainsi, l'a-philosophie (dont l'alpha - qui est aussi, en vertu de la dynamique retournante, l'oméga - n'est pas exclusivement privatif (mais, d'une manière deplaçante, l'est AUSSI)) constitue - du moins du point de vue spéculatif - le dasein de la bijouterie tout autant qu'elle fonde la bijouterie comme dasein ou, tout au moins, fonde la possibilité d'une apparition/in-apparition du dasein en tant que bijouterie.
L'a-philosophie est le point d'aboutissement spéculatif de la bijouterie (comme matière et comme ornement) dans son existence générique. Chez Patrick Schätti (et c'est la que son œuvre s'avère décisive), le point d'aboutissement du générique n'est plus que point de départ, rampe de lancement de la bijouterie particulière, d'un particulier de la bijouterie, de particules de matières et d'ornement(s).
[§446] Or, si le point d'aboutissement générique (qui devient ici tant point de départ particulier, que point de départ DU particulier) n'est point d'arrivée générique et point de départ (DU) particulier que sur le plan spéculatif, le point d'arrivée de l'œuvre schättienne l'est , lui, sur le plan ontologique. En ce sens, Patrick Schätti achève la bijouterie. Cet achèvement du bijoutal qui a lieu et se tient chez Schätti (et chez Schätti seul), c'est l'accession, d'abord par obstruction moderniste, puis par le double mouvement de de-construction/reconstruction (qui est aussi, dans une acception non derridienne, renaissance à soi) à l'essence marginale du bijoutal: essence marginale qui parce qu'elle est marginale n'est jamais proprement essence, à moins d'admettre (comme y inviterait une certaine tradition qu'il n'est pas nécessaire de nommer ici) dans l'essence de l'essence l'intégration sans assimilation du contraire même de l'essence si tant est que le contraire de l'essence ne soit pas, essentiellement, l'essence elle-même.
L'essence marginale est toujours aussi ce qui contrarie la possibilité même de l'essentialisation. Il faut marquer le retournement sur soi en l'inscrivant dans la chaire du terme, soit en marquant le mot essence non comme essence, mais comme ecnesse, son retournement. L'ecnesse de la bijouterie, c'est ce à quoi accède par une dialectique anumérique propre, Patrick Schätti.
[§447] Un exemple s'impose.
[§448] L'exemple qui, comme exemple, s'impose est toujours celui qui accède à la plus haute valeur d'exemplarité. Dans l'œuvre schättienne, et pour donner accès à la manifestation de l'anumérique bijoutal dans ce qu'elle peut avoir tout à la fois de radical et d'antispéculatif, c'est bien sur les « Stellites », primés (à juste titre mais pour de mauvaises raisons) à la bourse Lissignol 2008. Prothèses odonto-ornementales méta-culturelles, les « Stellites » prennent le concept de dents à bras le corps.
Si la prothèse saisit le concept dentaire, parce qu'elle est prothèse, elle le remplace aussi, de surcroit, par l'anuméricité latente qui gouverne son organisation propre et saisi et remplace non le seul concept, mais encore la dent elle-même dont il appréhende l'étantéité à la racine.
Des dents, nous en possédons 32 (du moins dans la sphère semi-idéale du plein déploiement dentaire de la géographie buccale ). Dans l'optique anumérique, qui seule doit prévaloir ici, le chiffre-ce 32 qui fait blason-surgit dans ses résonances non seulement mathématiques, mais aussi (et peut-être surtout) mathématicales. Qu'il y ait mathématicalité et anuméricité dans l'approche méta-dentaire du bijoutal tel q(...).
Sébastien Grosset: « Logorrhée pour Patrick »